(N.B. Il manque sur cette page les magnifiques illustrations qui ont illustré notre numéro 205!)
Par une belle soirée d’octobre, je me rendais, gaillarde, au vernissage attendu d’une exposition prometteuse, celle réalisée par ses trois enfants sur Alain d’Orange à l’occasion du centenaire de sa naissance.
Galerie Bridaine : nous y voilà. Bandes dessinées, croquis, esquisses, tableaux sur toile, sur papier, sur bois, scènes militaires, portraits, vies de saints, illustrés pour enfants, fenêtres sur une civilisation… la galerie, brillamment éclairée, présente à travers toutes les œuvres exposées l’extraordinaire fécondité de l’auteur-illustrateur, tout autant que son immense talent.
Françoise, Philippe et Hélène m’accueillent, fort gentiment, et me font découvrir ce père auquel ils ont, après son décès en 2017 et la découverte de dessins inédits, décidé de rendre hommage et de faire vivre sa mémoire et son œuvre riche de soixante années de travail acharné. « C’est un devoir, une ardente obligation, me confie Philippe. C’est un hommage à ce travail qui exprimait la vérité sur tous les sujets, sur des faits. Il n’y a que cela qui compte, la vérité, l’adéquation à la réalité. »
Rappelant ses souvenirs de petite dernière, Françoise m’a, quant à elle, parlé d’émerveillement, d’admiration pour la nature, qu’il avait plaisir à regarder : « Mon père passait de l’observation à ’admiration. D’une grande pudeur – c’était un être intérieur –, il avait beaucoup de délicatesse et s’intéressait à la personne avec un grand « P« . Il savait représenter les sentiments, l’état intérieur, exprimer une émotion, une attitude, comme avec ce conducteur de pousse-pousse croqué lors de son séjour en Indochine. Il faisait ressortir la noblesse et l’esthétisme d’une personne, d’un geste, d’un uniforme, et savait donner à ses personnages de la vie, de la légèreté, de l’élégance (notamment pour les femmes qu’il peignait) ou de la grâce comme avec la petite danseuse si légère. »
Alain d’Orange alliait une grande acuité de regard et un profond souci « de creuser, d’aller au fond des choses. Ce souci de la vérité, il l’a poussé jusque dans le plus infime détail, retravaillé jusqu’à donner la plus juste attitude possible, l’expression ou le geste le plus vrai possible. »
Il avait également une passion pour l’Histoire et « était capable non seulement de décrire l’enchaînement des causes et conséquences qui permettent de comprendre les événements, mais aussi, en société, de charmer son auditoire par les « « petites histoires » » de la grande. » 1
Françoise se souvient à ce propos que lorsque son père la faisait travailler le soir et qu’elle avait du mal à comprendre l’histoire des grands classiques, trois petits croquis suffisaient à la rendre claire.
Dans le domaine historique particulièrement, il « s’imposait une recherche documentaire approfondie pour que ses dessins représentent avec exactitude l’époque, les personnages, les costumes » 1. « Il n’aurait jamais représenté un gentilhomme de 1633 avec un costume de 1632, me révèle Philippe. Il ne supportait pas de voir, dans des films par exemple, des costumes qui n’avaient rien à voir avec la période. « Ce n’est pas sérieux ! » avait-il l’habitude alors de dire. »
« S’il croquait souvent d’un seul coup, sans y revenir, quelquefois il prenait plus de temps, pour des dessins plus difficiles. Certains dessins étaient vraiment difficiles, mais il ne donnait jamais l’impression d’avoir du mal à dessiner. »
Auteur engagé, Alain d’Orange avait à cœur de représenter la réalité, de décrire les faits, simplement, sans porter de jugement. En témoignent ses dessins et peintures sur Napoléon, notamment le tableau décrivant dans une même scène la victoire d’Austerlitz et la chute de Trafalgar, mais aussi les deux guerres mondiales et leur cortège de mort et d’épouvante.
Vie, humour, fraîcheur, pureté, joie, mouvement… Les œuvres d’Alain d’Orange ravissent toujours autant les yeux, qui ont fort à faire pour saisir tous les détails, parfois fort cocasses, que le dessinateur a glissés dans chacune d’elles.
À découvrir ou redécouvrir via le catalogue édité à l’occasion des cent ans d’Alain d’Orange et disponible sur leur site : www.editionsalaindorange.fr.
Marguerite Debuc
Alain d’Orange, de la naissance à la notoriété, quelques dates :
7 janvier 1923 : Naissance à Colmar, d’une fratrie de sept enfants.
1940-1944 : Années très rudes de la Deuxième Guerre mondiale. Il commence à dessiner et montre déjà son « coup de crayon » fondé sur l’observation et la représentation vraie de la réalité.
1945-1947 : Il s’engage pour l’Indochine et en revient gravement malade, avec « quelques dessins et croquis, témoignages émouvants de cette civilisation 1 ».
Il suit ensuite les cours de l’École des arts appliqués, qui l’aident à acquérir les « incontournables règles de la proportion, de la perspective, qui auraient manqué à [mes] dessins », selon ses propres propos.
1949 : Alors correcteur aux Nouvelles littéraires, il rencontre celle qui deviendra son épouse. Ils auront trois enfants. Les premières commandes arrivent, et avec elles, la notoriété. Avec Noël Gloesner, Pierre Rousseau, Pierre Joubert et d’autres, il devient l’un des illustrateurs phares des publications à destination de la jeunesse. La bande dessinée devient une partie importante de son travail.
1960 : Les idées « nouvelles » se propagent, avec la volonté de « faire du moderne ». Alain d’Orange doit trouver de nouvelles pistes de travail. Il persévère et, après plusieurs mois, finit par en retrouver après avoir opéré une diversification de son genre littéraire : il aborde des vies d’hommes célèbres, les grandes découvertes, la science-fiction, l’histoire régionale, la géographie… Il se documente rigoureusement avant chaque nouvelle production.
À partir de la fin des années 1980, il doit à nouveau trouver d’autres pistes de travail et se spécialise alors dans les histoires de congrégations religieuses, majoritairement chrétiennes. Il rencontre également les Éditions du triomphe qui assureront la réimpression de ses anciennes œuvres, ou l’édition des nouvelles, et contribueront par là-même à leur diffusion.
- Cité dans Alain d’Orange 1923-2017 Dessins, Les Éditions Alain d’Orange.
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